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Le divorce pour faute permet à un époux de faire constater par le juge un manquement grave ou répété de l'autre aux devoirs du mariage. Le juge dispose ici d'un large pouvoir d'appréciation ; s'il retient la faute, il prononce le divorce et statue sur ses effets. C'est ce que prévoit l'article 242 du Code civil :

Ce divorce est-il fait pour vous ?

Répondez à ces quelques questions : selon votre objectif, vos preuves et l'état de votre situation, le divorce pour faute est ou non la voie à privilégier.

Quelles sont les conditions pour un divorce pour faute ?

La cause du divorce est constituée dès lors que le conjoint a commis une « faute » au sens de l'article 242 du Code civil. Celle-ci suppose la réunion de trois éléments :

Icône fait imputable au conjoint

Un fait imputable au conjoint

Il doit s'agir d'un fait « imputable » au conjoint ;

Pour être constitutif d'une faute au sens de l'article 242 du Code civil, le comportement reproché au conjoint doit lui être « moralement imputable ». Autrement dit, le conjoint doit avoir agi librement (l'épouse victime d'un viol n'est pas fautive) et, surtout, consciemment : l'époux n'est fautif que s'il était doté de discernement au moment de la commission du fait reproché. Il s'agit d'une acception subjective de la faute.

Icône violation d'un devoir du mariage

Une violation grave ou renouvelée d'un devoir du mariage

Qui consiste dans une violation grave ou renouvelée d'un devoir du mariage ;

La faute dont il est question à l'article 242 du Code civil est une faute « de nature conjugale » : elle s'entend de la violation d'un devoir du mariage.

  • violation d'un devoir du mariage nommé : adultère, abandon du domicile conjugal, manquement au devoir de respect, etc.
  • violation d'un devoir du mariage innommé, notamment le devoir de loyauté.

Cela dit, il ne faudrait pas que l'on puisse divorcer pour des peccadilles! la violation d'un devoir du mariage n'est constitutive d'une « faute », au sens de l'article 242 du Code civil, que si elle est grave ou renouvelée. Les critères sont alternatifs (ex. battre son conjoint = violation grave du devoir de respect ; ne pas adresser la parole à son conjoint durant plusieurs années = violation renouvelée du devoir de respect).

Icône maintien de la vie commune intolérable

Un fait rendant intolérable le maintien de la vie commune

Et qui rend intolérable le maintien de la vie commune.

La violation grave ou renouvelée d'un devoir du mariage n'est constitutive d'une « faute », au sens de l'article 242 du Code civil que si elle rend intolérable le maintien de la vie commune.

Le divorce pour faute est-il une punition ?

Pas vraiment, et de moins en moins. La loi du 26 mai 2004 a dissocié l'attribution des torts des conséquences financières du divorce. Auparavant, l'époux contre lequel un divorce aux torts exclusifs était prononcé ne pouvait jamais obtenir de prestation compensatoire ; ce n'est plus le cas aujourd'hui : l'époux aux torts exclusifs peut obtenir une prestation compensatoire lorsque la rupture du mariage crée une disparité dans les conditions de vie à son détriment. Le juge peut toutefois la lui refuser si l'équité le commande, au regard des circonstances particulières de la rupture (article 270 du Code civil).

Ce qui reste attaché à la faute, c'est la reconnaissance judiciaire des responsabilités, la possibilité pour le juge de refuser par équité la prestation compensatoire à l'époux aux torts exclusifs qui la demande, et les dommages-intérêts : ceux de l'article 266 du Code civil, qui réparent les conséquences d'une particulière gravité subies du fait de la dissolution du mariage, et ceux de l'article 1240, qui réparent un préjudice distinct causé par une faute. Ces dommages-intérêts se cumulent, le cas échéant, avec la prestation compensatoire.

Par quels moyens peut-on prouver la faute ? Comment justifier un divorce pour faute ?

C'est un fait juridique donc la preuve se fait par tous moyens (cf. article 259 du Code civil), sous les réserves prévues par la loi : un époux ne peut verser aux débats un élément de preuve obtenu par violence ou par fraude (article 259-1 du Code civil), et les constats dressés à la demande d'un époux sont écartés des débats en cas de violation de domicile ou d'atteinte illicite à l'intimité de la vie privée (article 259-2).

L'époux-défendeur peut avant tout contester la matérialité des faits qui lui sont reprochés, ou à défaut, le respect des conditions relatives à l'ampleur de la faute.

L'époux-défendeur peut aussi invoquer la réconciliation intervenue après commission de la faute qui lui est reprochée. En effet, la réconciliation vaut pardon : les faits antérieurs ne peuvent plus fonder le divorce et le juge déclare la demande irrecevable (article 244 du Code civil). Ils pourront toutefois être rappelés si de nouveaux faits surviennent ou sont découverts ensuite. Pour prouver la réconciliation, il devra démontrer deux éléments :

  • manifestation extérieure de la réconciliation : maintien/reprise de la vie commune (sauf si elle ne résulte que de la nécessité, d'un effort de conciliation ou des besoins des enfants) ;
  • volonté de pardon chez l'époux offensé : preuve psychologique.

Dans l'hypothèse où l'époux-demandeur a lui-même commis une faute conjugale, l'époux-défendeur peut l'invoquer à deux titres différents, selon qu'il souhaite ou non le divorce :

  • soit il invoque la faute du demandeur au titre d'excuse (article 245 alinéa 1er) : la faute du demandeur peut alors ôter leur gravité aux faits reprochés au défendeur ; si le juge le retient, la cause du divorce n'est pas constituée = divorce pas prononcé ;
  • soit il invoque la faute du demandeur à l'appui d'une demande reconventionnelle en divorce pour faute (article 245 alinéa 2) : le juge examine alors successivement l'action principale et l'action reconventionnelle. S'il accueille les deux, alors le divorce est prononcé aux torts partagés. L'intérêt ? Si le divorce est prononcé aux torts partagés : pas de dommage et intérêt sur l'article 266 du Code civil. D'ailleurs, l'intérêt est tel que le juge peut relever d'office la faute du demandeur pour prononcer un divorce aux torts partagés (article 245 alinéa 3).

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Divorce pour faute : les questions fréquentes

Toute violation grave ou renouvelée d'un devoir du mariage rendant intolérable le maintien de la vie commune (article 242 du Code civil) : adultère, violences, injures, abandon du domicile conjugal, manquement au devoir de respect, d'assistance ou de loyauté. Le juge apprécie la gravité au cas par cas.

La preuve est libre (article 259 du Code civil) : attestations de témoins (jamais les descendants), SMS et e-mails datés, constat de commissaire de justice — qui peut être dressé à la demande d'un particulier, une autorisation préalable du juge, donnée sur requête, étant nécessaire pour se rendre dans un lieu privé sans l'accord de son occupant —, rapport d'enquête privée. Elle est écartée si elle a été obtenue par fraude ou par violence (article 259-1 du Code civil).

Oui. L'époux visé peut invoquer les fautes du demandeur comme excuse (elles peuvent ôter aux faits reprochés leur gravité) ou former une demande reconventionnelle en divorce pour faute. Si les deux demandes sont accueillies, le divorce est prononcé aux torts partagés (article 245 du Code civil), ce qui exclut les dommages-intérêts de l'article 266.

Oui. Depuis la loi du 26 mai 2004, les torts et les conséquences financières du divorce sont dissociés : l'époux aux torts exclusifs peut obtenir une prestation compensatoire s'il existe une disparité de niveau de vie à son détriment. Le juge peut toutefois la refuser par équité au regard des circonstances de la rupture.

Oui. Il n'a pas été supprimé par la réforme du 1er janvier 2021. Il reste toutefois minoritaire : selon le ministère de la Justice, les divorces pour faute représentent 9 % des divorces prononcés en 2024, contre 47 % pour l'altération définitive du lien conjugal. Plus long, plus coûteux et plus incertain que les autres voies, il suppose d'administrer la preuve des fautes et se justifie surtout lorsque des dommages-intérêts sont en jeu (article 266 du Code civil) ou qu'aucun accord n'est possible sur le principe même du divorce.

C'est le plus long des divorces, car il faut administrer la preuve des fautes, souvent des deux côtés. En pratique, il faut compter de dix-huit mois à plus de trois ans selon la juridiction, la complexité du dossier et l'existence éventuelle d'un appel.

Il pose le fondement du divorce pour faute : le divorce peut être demandé lorsque des faits constitutifs d'une violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage sont imputables au conjoint et rendent intolérable le maintien de la vie commune. Trois conditions cumulatives en découlent : un fait imputable au conjoint, une violation grave ou répétée d'un devoir du mariage, et un fait rendant intolérable la poursuite de la vie commune.

Réunir des preuves solides et recevables avant d'engager la procédure (attestations conformes à l'article 202 du Code de procédure civile, messages datés, dépôts de plainte, certificats médicaux, constat de commissaire de justice, l'autorisation préalable du juge n'étant requise que pour se rendre dans un lieu privé sans l'accord de son occupant), viser des faits à la fois graves et documentés plutôt que multiplier les griefs mineurs, et anticiper une éventuelle demande reconventionnelle en s'assurant de n'avoir pas soi-même commis de faute exploitable. Un avocat évalue la solidité du dossier avant l'assignation.

L'adultère est une violation du devoir de fidélité qui peut justifier un divorce pour faute, mais il n'est plus une cause automatique : le juge apprécie s'il rend, dans le contexte, intolérable le maintien de la vie commune. Un adultère commis après une séparation de fait ancienne, ou pardonné par une réconciliation, peut être écarté.

À lire aussi : divorce pour faute et adultère.

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